Cours (Fictions des êtres)

HBMBU02D – LITTÉRATURE ET SCIENCES HUMAINES
Responsable : Jean-Christophe Cavallin

Intervenants : Stéphane Baquey, Jean-Christophe Cavallin

La copule qui unit littérature et sciences humaines coordonne moins les deux disciplines qu’elle ne fait signe vers un dédoublement qui met en question, d’un côté, le rôle des sciences humaines dans la pensée et dans la définition du littéraire et, de l’autre, la façon dont les sciences humaines ont recours aux œuvres de fiction.

1. Littérature et Anthropologie (Jc Cavallin)
L’anthropologie contemporaine s’attache à repenser la distinction entre nature et culture qui servait de fondement théorique à l’anthropologie structurale. C’est l’écologie environnementale et intellectuelle de notre modernité que renouvellent ces discours inspirés en profondeur par les métaphysiques « sauvages » et les ontologies pré-modernes. Les œuvres littéraires, à différents degrés, peuvent gagner à être lues à l’aune de ces visions du monde alternatives. De forts courants d’animisme, d’analogisme, de totémisme, de multinaturalisme traversent les continents de leur univers fictionnels.

=> Lecture : « Peut-on parler d’un animisme romantique ? »

Bibliographie : • Philippe Descola, Par-delà nature et culture (Gallimard, 2005) et La composition des mondes (Flammarion, 2014) • Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes (La Découverte, 2013) et Face à Gaïa (La Découverte, 2015) • Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage (Plon, 1962) • Eduardo Viveiros de Castro, Métaphysiques cannibales (Puf, 2011) • Roy Wagner, The Invention of Culture (University of Chicago Press, 1975).

2. Littérature et Philosophie (Jc Cavallin)
Du psycho-sociologue Gregory Bateson au phénoménologue David Abram en passant par le philosophe Félix Guattari, différents penseurs contemporains ont reformulé la notion de sujet et de subjectivité en terme d’écologie : écologie de la communication, écologie de la perception, écologie de la subjectivation. Ce qui est en jeu dans ses réflexions est la possibilité de renouer avec une culture de la « grande santé » (Nietzsche) en réinscrivant le sujet dans un écosystème ouvert de relations, de sensations, d’affinités et de devenirs. En tant qu’il n’existe pas en dehors du discours ouvert du récit comme « milieu », le personnage littéraire est le témoin privilégié d’une telle « chaosmose » identitaire.

=> Lecture  : « Le calque et la carte dans Siegfried et le Limousin de Giraudoux »

Bibliographie : • David Abram, Comment la terre s’est tue. Pour une écologie des sens (La Découverte, 2013) • Gregory Bateson, Vers une écologie de l’esprit (Seuil, 1995) • Gilles Deleuze & Félix Guattari, Mille Plateaux (Minuit, 1980) • Félix Guattari, Les Trois écologies (Galilée, 1989) et Chaosmose (Galilée, 1992).

3. Littérature et Esthétique (S. Baquey)
Plusieurs approches de l’esthétique contemporaine (Shusterman, Schaeffer) partent d’une critique de conceptions de l’art fondées sur des vues normatives, culturalistes ou spéculatives. Elles leur opposent un parti pris naturaliste que ce soit, après John Dewey, en faisant prévaloir la dimension corporelle de l’expérience de l’art ou bien en s’appuyant sur une description des processus cognitifs et des états émotifs qui s’y déroulent. Alors, l’expérience l’art ne présente plus de caractère exceptionnel, ni dans l’expérience humaine, ni au regard des comportements animaux. Un tel naturalisme n’est pas pour autant un retour à la nature : il recoupe le souci d’une écologie de l’attention dans les sociétés contemporaines (Citton). Une esthétique naturaliste amène à reconsidérer nos usages de la littérature parmi nos conduites quotidiennes.

=> Lecture : « Laurent Jenny, La Vie esthétique : stases et flux (Verdier, 2013) »

Bibliographie : • Yves Citton, Pour une écologie de l’attention (Seuil, 2014) • John Dewey, L’art comme expérience ([1934], Gallimard, 2010) • Jean-Marie Schaeffer, L’art de l’âge moderne. L’esthétique et la philosophie de l’art du XVIIIe siècle à nos jours (Gallimard, 1992), Les Célibataires de l’Art. Pour une esthétique sans mythe (Gallimard, 1996) et L’Expérience esthétique (Gallimard, 2015) • Richard Shusterman, L’Art à l’état vif : la pensée pragmatiste et l’esthétique populaire (Minuit, 1992).

HBMBU03D -ÉCOLINGUISTIQUE ET BIOSÉMIOTIQUE
Signatura rerum. Signes naturels et langages humains

Intervenants : Jean-Christophe Cavallin, William Kels

Le cours se subdivise en trois parties :
• une première partie présente l’histoire des théories bio- et zoosémiotiques de l’ouvrage fondateur de Jakob von Uexküll (Milieu animal et milieu humain, 1934) aux travaux contemporains d’Eduardo Kohn (Comment pensent les forêts, 2017) et de Timo Maran (Mimicry and Meaning, 2017) ;
• une deuxième partie présente la sémiotique « réaliste » de Charles Sanders Peirce, le contraste qu’elle forme avec la sémiologie linguistique de Saussure, et ses possibles applications à l’herméneutique du vivant ;
• une troisième partie présente le travail du neuro-anthropologue Terrence W. Deacon (The Symbolic Species, 1998) et l’application qu’il fait de la sémiotique piercienne au réexamen de la distinction entre communication animale et langage humain.

Trois lectures accompagnent ces trois parties : 1. « René de Chateaubriand. Les harmonies désaccordées de la nature ». 2. « Le Spécimen symbolique. Conflits référentiels dans L’Albatros de Baudelaire ». 3. « César ou le Rubicon du symbolique. Lecture peircienne de la trilogie de La Planète des singes (Rise, Dawn & War) ».

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