Programme

Le programme du master lettres en écopoétique et création littéraire épouse une articulation thématique distribuée sur trois semestres de cours et de séminaires :

Ce semestre est consacré aux différentes manières, non seulement de voir le monde, mais de concevoir et de faire des mondes, qu’il s’agisse de mondes critiques, de mondes épistémologiques ou de mondes fictionnels. Au centre de ce questionnement se trouve la distinction entre Nature et Culture et les conflits que mettent en jeu ces deux constructions contraires. En matière d’ontologie, peut-être faut-il renoncer à la notion d’universel et y substituer une cartographie de « savoirs situés [1] » où utopies et dystopies, idylles et apocalypses se livrent des guerres de frontière sans que l’on puisse démêler oraison de fin du monde et louange du plurivers.

Ce semestre est consacré aux théories et aux fictions cherchant à renouer le dialogue (d’amour ou d’inimitié) entre humains et non-humains. Du côté du posthumanisme, c’est l’homme muni et modifié par le pouvoir de ses prothèses et autres produits de son industrie, des téléphones « intelligents » aux algorithmes, cyborgs, « intelligences artificielles », etc. Du côté du « perspectivisme » et du « multinaturalisme [2] », c’est le point de vue anthropocentrique brusquement provincialisé par le regard d’autres agents, qu’ils soient animaux, esprits, elfes, puissances naturelles ou mutants de toute acabit. Choisir la vision du chaman contre la vision cartésienne signifie que la connaissance, au contraire d’objectiviser le monde qu’elle cherche à connaître, doit le resubjectiviser, y reconnaître des agents et réapprendre la sémantique du grand entretien des espèces.

Ce semestre est consacré à l’étude des milieux humains et des multiples façons que l’homme a d’habiter ou d’oublier la terre. De la globalisation à la reterritorialisation, de l’espace indifférencié à la richesse des « écoumènes [3] », de la géopoétique aux fictions écologiques, il s’agit d’interroger l’évidence du terrestre : les campagnes menacées, les paysages dévastés par l’exploitation des ressources ou inventés par les peintres, les partages de territoire, les « communs », la « dérive » urbaine, les migrations climatiques, le « dépaysement » massif des vies industrialisées, le rêve de décroissance des zadistes, éco-activistes et autres jardiniers de l’apocalypse. À l’encontre de Galilée, la littérature témoigne de l’opiniâtre souci et du retour de la terre.

Fictions

[1] Donna Haraway, Manifeste cyborg : Sciences – Fictions – Féminismes, Exils, 2007. [2] Eduardo Viveiros de Castro, Métaphysiques cannibales, Puf, 2011. [3] Augustin Berque, Écoumène. Introduction à l’étude des milieux humains, Belin, 2016.

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